Virus, vers, ransomwares, RAT, infostealers, rootkits, cryptojackers. Le panorama factuel des malwares modernes : ce qu'ils sont, comment ils opèrent, comment s'en protéger — sans le folklore hollywoodien.
Dans le langage courant, « virus informatique » désigne tout programme malveillant. En réalité, c'est un terme technique précis. Pour parler correctement de cybermenaces, il faut le terme générique : malware (malicious software), qui se décline en plusieurs familles aux objectifs et mécanismes très différents.
Programme qui s'insère dans un autre programme légitime et se réplique en infectant d'autres exécutables. Aujourd'hui en voie d'extinction dans le grand public : les OS modernes (Windows 10/11, macOS, Linux) ont des mécanismes anti-exécution (UAC, SmartScreen, signatures de code) qui rendent l'infection classique très difficile. Le virus pur a été supplanté par d'autres techniques.
Programmes auto-réplicants qui se propagent sur le réseau sans intervention de l'utilisateur, en exploitant des vulnérabilités. Exemples historiques : ILOVEYOU (2000), Conficker (2008), WannaCry (2017 — exploit EternalBlue, ~300 000 machines en quelques jours).
Reste très d'actualité dans les attaques ciblées (infrastructure d'entreprise, hôpitaux). Protection : maintenir l'OS à jour religieusement.
Programme qui se présente comme légitime mais effectue une action malveillante en arrière-plan. C'est la catégorie la plus répandue aujourd'hui. Vecteur classique : un crack de jeu, un installer suspect, une pièce jointe email, un logiciel obtenu sur un site douteux.
Les trojans modernes sont souvent des « droppers » : ils servent à télécharger et installer d'autres malwares plus spécialisés (ransomware, infostealer, etc.) une fois le pied dans la porte.
Famille la plus médiatisée. Le malware chiffre les fichiers de la victime avec une clé qu'il garde, puis exige une rançon (cryptomonnaie) pour la fournir. Variantes modernes (double extorsion) : la donnée est aussi exfiltrée avant chiffrement, et l'attaquant menace de la publier si la rançon n'est pas payée.
Acteurs récents notables (2023-2025) : LockBit (démantelé en partie par Europol en 2024), ALPHV/BlackCat, Cl0p, Conti (dissous mais ré-émergé sous d'autres noms), Black Basta. Cibles : essentiellement entreprises et infrastructures publiques (hôpitaux, mairies, écoles).
Protection : sauvegardes déconnectées régulières (règle 3-2-1), Defender activé, vigilance sur les pièces jointes, pas d'usage admin pour le quotidien.
Catégorie en explosion. Le malware extrait des données sensibles du PC : cookies de session navigateur, mots de passe enregistrés, portefeuilles crypto, tokens d'authentification (Discord, Steam, Telegram). Tout est exfiltré vers un serveur de commande et revendu sur le marché noir.
Stealers connus en 2024-2026 : RedLine, Lumma, Vidar, Rhadamanthys, StealC. Vecteurs principaux : crack de logiciels, faux installeurs (Photoshop, Office, jeux), publicités malveillantes (malvertising) sur Google Search, faux mods Minecraft, faux cheats Roblox/Fortnite.
Cas typique : tu télécharges un « crack » d'un logiciel. Le crack fonctionne. Quelques semaines plus tard, tes comptes Discord, Steam, Riot sont compromis. C'est un stealer qui a aspiré tes cookies.
Donne à l'attaquant un contrôle interactif à distance de la machine : écran, clavier, fichiers, webcam, microphone. Plus persistant et plus pernicieux qu'un stealer. Familles connues : njRAT, QuasarRAT, Remcos, AsyncRAT, DCRat.
Vecteurs typiques : pièces jointes email professionnel, fausses applications de support technique (« remote desktop »), exécutables déguisés en documents PDF (facture.pdf.exe avec l'extension masquée).
Espionnent l'utilisateur (frappes clavier, captures d'écran, audio). Peuvent être commerciaux (stalkerware vendu publiquement pour « surveiller son conjoint »), étatiques (Pegasus de NSO Group), ou criminels (keyloggers génériques inclus dans des stealers).
Malwares extrêmement furtifs qui s'installent à un niveau bas du système (kernel, voire firmware). Détection quasi-impossible par les antivirus classiques. Le rootkit moderne le plus connu : BlackLotus (UEFI, 2023, contourne Secure Boot via une vulnérabilité de bootloader signée). Rares dans le grand public, fréquents dans l'espionnage ciblé.
Le malware utilise la puissance CPU/GPU du PC infecté pour miner de la cryptomonnaie au profit de l'attaquant. Symptômes : ventilateurs à fond, ralentissement général, facture électrique en hausse. Souvent inclus dans des cracks ou diffusés via faux extensions de navigateur.
blendeer.org au lieu de blender.org, etc.Pour aller plus loin : notre testeur de sécurité Windows, la liste des logiciels à éviter, et la veille cyber du CERT-FR pour suivre les vulnérabilités majeures.